
Créer une société en Croatie
Un capital minimum d'un euro, une immatriculation en ligne et un impôt sur les bénéfices à 10 %. Encore faut-il savoir laquelle des trois formes vous concerne.
Un Français peut-il créer une société en Croatie ?
Oui, sans autorisation préalable et sans permis. La liberté d'établissement garantie par les traités européens vous permet de créer une société dans n'importe quel État membre et d'en être le dirigeant, aux mêmes conditions qu'un ressortissant croate. Vous n'avez même pas besoin de résider en Croatie : un non-résident peut détenir et diriger une société croate. Le seul vrai préalable est l'OIB, le numéro fiscal, que chaque associé et chaque dirigeant doit obtenir avant le dépôt du dossier. Reste la question qui décide de tout le reste : d.o.o., j.d.o.o. ou obrt.
Quelle forme juridique choisir
Trois formes couvrent la quasi-totalité des projets. Les montants ci-dessous sont exprimés en euros depuis l'adoption de la monnaie unique le 1er janvier 2023 : si vous lisez encore des capitaux en kunas quelque part, la page date.
La d.o.o.
L'équivalent de la SARL, et la forme de référence dès qu'il y a des associés, des salariés ou des interlocuteurs à rassurer. Responsabilité limitée aux apports, capital social de 2 500 € minimum. C'est la structure que les banques et les gros clients attendent.
La j.d.o.o.
La version simplifiée, conçue pour démarrer sans trésorerie. En contrepartie, la loi impose d'affecter chaque année un quart du bénéfice net à une réserve légale, jusqu'à atteindre le capital d'une d.o.o. Elle bascule alors dans le régime classique. C'est un crédit, pas un cadeau.
L'obrt
L'entreprise individuelle croate, sans capital ni personne morale distincte, donc sans séparation des patrimoines. Sa variante au forfait, le paušalni obrt, reste accessible tant que le chiffre d'affaires ne dépasse pas 60 000 € par an. Adaptée au prestataire seul, pas à un projet qui recrute.
Le raisonnement en une phrase
Si vous êtes seul, sans besoin de crédibilité institutionnelle et sous 60 000 € de chiffre d'affaires, l'obrt au forfait est le plus simple. Si vous voulez protéger votre patrimoine personnel sans immobiliser de trésorerie, la j.d.o.o. Si vous avez des associés, un besoin de financement ou des clients qui regardent le capital social, la d.o.o. dès le départ, plutôt que d'avoir à convertir ensuite.
Les étapes de création
La dénomination
Le nom est réservé auprès du registre du tribunal de commerce. Il doit être disponible et comporter la mention de la forme sociale. Une société peut porter un nom français, à condition que la forme, d.o.o. ou j.d.o.o., y figure.
Les statuts, chez le notaire
Déclaration de constitution pour un associé unique, contrat de société à plusieurs. Le passage devant notaire n'est pas optionnel. Si vous ne parlez pas croate, l'acte se signe avec un interprète agréé, dont la présence est facturée.
Le capital
Il est déposé sur un compte de dépôt provisoire, et l'attestation bancaire rejoint le dossier. Pour une j.d.o.o., cette étape se règle avec une pièce de 1 €, ce qui explique une bonne partie du succès de cette forme.
Le registre du tribunal
Le dossier est déposé au registre judiciaire, le sudski registar. La voie électronique START permet de traiter la constitution en ligne et raccourcit nettement les délais par rapport au dépôt classique.
L'OIB et l'immatriculation
Le numéro fiscal de la société est attribué au moment de l'inscription au registre. Les associés et le dirigeant doivent, eux, disposer de leur OIB personnel en amont, sans quoi le dossier ne peut pas être constitué.
Compte, cotisations, PDV
Ouverture du compte bancaire définitif, inscription aux organismes de retraite et d'assurance maladie, puis immatriculation à la PDV si le chiffre d'affaires dépasse 60 000 € par an ou si vous optez volontairement pour l'assujettissement.
L'OIB personnel est la seule étape qui peut être faite depuis la France, par procuration, et c'est aussi celle qui bloque le plus de dossiers quand on l'attaque trop tard. Notre page obtenir son OIB détaille la démarche.
La fiscalité de la société
10 % ou 18 %, et le piège du million
L'impôt sur les bénéfices croate, le porez na dobit, est de 10 % quand le chiffre d'affaires de l'exercice reste sous 1 000 000 €, et de 18 % au-delà. Le point que presque toutes les pages françaises présentent de travers : ce n'est pas un barème par tranches. Le seuil porte sur le chiffre d'affaires, et le franchir fait passer la totalité du bénéfice à 18 %, pas seulement la fraction excédentaire.
Et quand vous sortez l'argent
Les dividendes versés à une personne physique résidente supportent 12 %, prélevés à la source et libératoires : pas de régularisation annuelle, pas d'abattement. Versés à une société non résidente, ils relèvent d'une retenue à la source, que le droit européen et la convention franco-croate peuvent réduire ou supprimer selon la détention.
Le cadre fiscal croate en détailUn dirigeant qui se rémunère en salaire relève, lui, de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales croates. L'arbitrage entre salaire et dividende n'a rien d'évident et dépend de votre couverture sociale autant que du taux : c'est typiquement la question à poser à un comptable avant de figer la structure.
Coûts et délais
Ce qui est fixe
Le capital, 1 € ou 2 500 € selon la forme, qui n'est pas une dépense mais une immobilisation : il reste à la société et finance son démarrage. Et la taxe judiciaire d'immatriculation, de l'ordre de quelques euros seulement pour une constitution électronique.
Ce qui varie
Les honoraires du notaire, ceux de l'interprète agréé si vous ne signez pas en croate, et l'éventuel prestataire qui monte le dossier. Nous ne publions pas de grille : ces montants dépendent du notaire, du nombre d'associés et de la complexité des statuts, et tout tarif affiché sur une page généraliste est une approximation déguisée.
Côté délai, la constitution par voie électronique se compte en jours plutôt qu'en semaines quand le dossier est complet et que les OIB personnels sont déjà obtenus. La voie classique, avec dépôt papier au tribunal, est sensiblement plus longue. Dans les deux cas, c'est la préparation en amont qui détermine le calendrier, pas l'administration.
Se faire accompagner
Une société croate tient une comptabilité, dépose des comptes annuels et déclare mensuellement. En pratique, personne ne fait cela seul depuis l'étranger et dans une langue qu'il ne lit pas : le knjigovođa, le comptable, est le premier contrat à signer, souvent avant même le notaire, parce que c'est lui qui vous dira si la j.d.o.o. tient la route pour votre projet.
Cette page décrit un cadre général, à jour au 17 août 2026. Les seuils et les taux évoluent, et le choix de la forme engage votre responsabilité personnelle comme votre fiscalité. Pour un projet réel, faites-le valider par un comptable croate et, si vous gardez des intérêts en France, par un conseil qui maîtrise les deux systèmes.
Sources : loi croate sur les sociétés commerciales et portail gouvernemental gov.hr pour le capital minimum, la réserve légale de la j.d.o.o. et les pièces de constitution ; administration fiscale croate pour l'impôt sur les bénéfices, l'imposition des dividendes et le seuil de la PDV ; traité sur le fonctionnement de l'Union européenne pour la liberté d'établissement. Les honoraires de notaire et de comptable relèvent du marché et ne sont pas réglementés de façon uniforme.
Questions fréquentes
Ce qu'on nous demande le plus souvent sur la création d'entreprise en Croatie.