Vivre en Croatie
Personne travaillant sur un ordinateur portable face à la mer

Le visa nomade digital en Croatie

Un dispositif souvent cité côté français, alors qu'il ne concerne pas les Français. Voici à qui il s'adresse réellement, et ce qu'il exige.

Faut-il un visa nomade digital quand on est français ?

Non. Le permis nomade digital croate est réservé aux ressortissants de pays tiers, c'est-à-dire hors Union européenne. Un Français relève de la libre circulation : il peut s'installer en Croatie et y télétravailler sans visa, sans permis de travail et sans seuil de revenus à justifier. La seule formalité intervient au-delà de 90 jours de présence, avec l'enregistrement de résidence auprès du ministère de l'Intérieur, qui est une déclaration et non une autorisation. Beaucoup de pages françaises entretiennent la confusion en vendant ce permis à un public qui n'en relève pas. La procédure qui vous concerne est décrite sur notre page séjour en Croatie pour les citoyens de l'Union.

Qu'est-ce que le permis nomade digital croate ?

Ce n'est pas un visa au sens strict, mais un séjour temporaire accordé à un ressortissant de pays tiers qui travaille depuis la Croatie, par des moyens de communication à distance, pour un employeur étranger ou pour sa propre société non enregistrée en Croatie. La Croatie a été l'un des premiers pays européens à l'instaurer, en 2021, et la formule a depuis été copiée ailleurs.

Le principe est simple : le pays accueille des revenus produits ailleurs et dépensés sur place, sans concurrencer le marché du travail local. D'où l'interdiction stricte de travailler pour des clients croates, qui n'est pas un détail administratif mais le cœur du dispositif. Les membres de la famille proche peuvent accompagner le titulaire.

Les conditions à remplir

Travailler pour l'étranger

L'activité doit s'exercer à distance pour un employeur étranger ou une société qui vous appartient et qui n'est pas enregistrée en Croatie. Aucune prestation ne peut être fournie à un client croate. C'est la condition la plus stricte, et celle qui disqualifie le plus de dossiers.

Justifier ses revenus

Environ 3 622,50 € nets par mois, soit deux fois et demie le salaire net moyen croate, prouvés par relevés bancaires ou bulletins sur au moins six mois. Le seuil monte de 10 % par membre de famille accompagnant. À défaut de revenus réguliers, une épargne équivalente à toute la durée du séjour est acceptée.

Être assuré

Une assurance santé couvrant la Croatie pour toute la durée du séjour est exigée à l'appui du dossier. Elle doit couvrir les soins sur place, un contrat purement voyage de quelques semaines ne suffit pas.

Casier et adresse

Un extrait de casier judiciaire du pays d'origine, légalisé, et une adresse de résidence en Croatie. L'adresse suppose donc un logement identifié avant le dépôt, ce qui impose de trouver son bail en amont.

Pourquoi le seuil de revenus bouge tout seul

Le montant exigé n'est pas fixé par décision politique : la loi le calcule comme deux fois et demie le salaire net moyen croate. Comme ce salaire progresse vite, autour de 7 % en un an, le seuil monte mécaniquement chaque année sans qu'aucune règle ne change. Un candidat qui recopie un chiffre trouvé sur un blog de l'année précédente dépose un dossier sous-dimensionné.

Durée, prolongation et délai de carence

18 mois

La durée maximale du séjour temporaire accordé. Beaucoup de pages françaises annoncent encore un an : le plafond a été relevé depuis.

+ 6 mois

La prolongation possible, à condition de la demander au moins 60 jours avant l'expiration. Passé ce délai, la porte se ferme.

6 mois

Le délai de carence avant de pouvoir déposer une nouvelle demande une fois le permis échu. Ce n'est donc pas un statut renouvelable en continu.

Cette carence est le point le plus mal compris du dispositif. Le permis nomade digital n'est pas une voie d'installation durable : il ne compte pas comme une résidence ordinaire et ne mène pas au séjour permanent. Qui veut rester doit basculer vers un autre titre, ce qui suppose en général un emploi croate ou une société sur place.

La démarche

Trois voies coexistent. Le portail en ligne du ministère de l'Intérieur est ouvert à tous les candidats. Ceux qui viennent d'un pays soumis à visa passent par une ambassade ou un consulat croate. Ceux qui sont dispensés de visa et déjà sur place peuvent déposer directement au poste de police compétent.

Côté frais, comptez l'approbation du séjour temporaire, de l'ordre de 46 €, puis la carte biométrique de séjour, entre 32 et 60 € selon le délai de délivrance choisi. Ces montants n'incluent ni la légalisation du casier, ni les traductions, ni l'assurance.

L'OIB, le numéro fiscal croate, sera nécessaire pour la vie courante sur place : compte bancaire, bail, abonnements. Il se demande gratuitement auprès de l'administration fiscale.

La fiscalité du nomade digital

C'est l'argument principal du dispositif, et il est réel : l'article 9 de la loi croate sur l'impôt sur le revenu exonère les revenus tirés d'un travail effectué pour un employeur non enregistré en Croatie, dès lors que le statut de nomade digital a été obtenu. Autrement dit, le titulaire vit en Croatie sans y payer d'impôt sur ces revenus-là.

Deux limites, souvent passées sous silence. L'exonération est ciblée: elle ne couvre pas d'autres revenus, locatifs ou de capitaux, qui restent imposables selon le droit commun croate. Et elle ne dit rien de votre situation dans votre pays d'origine, dont les règles de résidence fiscale et les obligations déclaratives continuent de s'appliquer indépendamment.

Le cadre fiscal croate en détail

Les éléments réunis ici décrivent le cadre en vigueur au 17 août 2026. Le seuil de revenus étant indexé sur le salaire moyen croate, il change chaque année : vérifiez-le sur le site du ministère de l'Intérieur avant de constituer un dossier, et faites-vous confirmer votre situation fiscale par un professionnel si vous conservez des attaches ailleurs. Si vous êtes européen et que vous cherchez simplement à télétravailler depuis la Croatie, tout se passe sur notre page travailler en Croatie.

Sources : ministère de l'Intérieur croate pour la définition du nomade digital, les conditions, la durée, le délai de carence et les frais ; loi croate sur l'impôt sur le revenu, article 9, pour l'exonération ; loi sur les étrangers pour le statut de séjour temporaire. Les montants en euros sont ceux constatés au premier semestre 2026.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus souvent sur le permis nomade digital croate.