Vivre en Croatie
La promenade du Lungomare à Opatija, station de villégiature du golfe du Kvarner

Prendre sa retraite en Croatie

Aucune démarche d'immigration, une pension qui suit, une couverture santé qui se transfère. Les vraies questions portent sur la fiscalité et sur l'accès aux soins.

Peut-on prendre sa retraite en Croatie ?

Oui, sans autorisation préalable. La Croatie appartient à l'Union européenne depuis 2013, à la zone euro et à l'espace Schengen depuis 2023 : aucun visa n'est demandé à un retraité français, et une carte d'identité suffit pour entrer. La pension française continue d'être versée normalement, sur un compte français ou croate. Trois sujets méritent en revanche d'être réglés avant le départ plutôt qu'après : le pays où la pension sera imposée, qui dépend de la convention fiscale de 2003 et du fait qu'elle vienne du privé ou de la fonction publique ; la couverture maladie, qui passe par le formulaire S1 ; et le certificat de vie annuel, sans lequel le versement s'interrompt.

Toucher sa retraite française en Croatie

Le versement d'une pension française dans un autre pays de l'Union est un droit, pas une faveur. Deux formalités l'encadrent.

Signaler son changement de résidence

Prévenez chaque caisse, la base et les complémentaires, avant le départ. La pension peut rester versée sur un compte français, ce que beaucoup de retraités conservent la première année, ou être virée sur un compte croate en euros, sans frais de change depuis le passage à la monnaie unique en 2023.

Le certificat de vie, une fois par an

C'est la démarche qui piège le plus de nouveaux expatriés : sans retour dans le délai d'un mois, les versements sont suspendus. Depuis novembre 2019, un certificat unique mutualisé vaut pour l'ensemble des régimes français. Depuis juin 2024, trois voies existent : l'application biométrique dédiée, le formulaire en ligne du service « Ma retraite à l'étranger », ou l'envoi postal au centre de traitement de Tours.

Les modalités exactes dépendent de vos régimes. Le service « Ma retraite à l'étranger » de votre compte retraite en ligne et le CLEISS, l'organisme français de liaison pour la sécurité sociale européenne, font foi sur ces démarches.

La fiscalité du retraité français en Croatie

C'est le point le plus mal compris, et celui où une erreur coûte cher. La règle découle de la convention entre la France et la Croatie signée le 19 juin 2003, entrée en vigueur le 1er septembre 2005 et applicable depuis 2006. Elle a remplacé la vieille convention franco-yougoslave de 1974, encore citée par certains forums.

Pension du privé

Imposée en Croatie

L'article 18 de la convention prévoit que les pensions et rémunérations similaires versées à un résident d'un État ne sont imposables que dans cet État. Un retraité du secteur privé devenu résident fiscal croate voit donc sa pension imposée en Croatie, et non en France.

Pension de la fonction publique

Imposée en France

L'article 19 réserve à l'État qui verse la pension le droit de l'imposer, avec une exception si le bénéficiaire est à la fois résident et ressortissant de l'autre État. Un ancien fonctionnaire français resté français continue donc, en principe, d'être imposé en France sur cette pension.

La bascule de résidence fiscale

Elle se produit au-delà de 183 jours de présence sur l'année, ou dès lors que le foyer permanent se déplace. La première année reste la plus délicate, avec des obligations déclaratives des deux côtés. Une carrière mixte, privé puis fonction publique, ou des revenus fonciers restés en France, complique encore la lecture.

Fiscalité et convention France-Croatie

Cette page décrit le cadre général de la convention. Elle ne remplace pas l'examen de votre situation : la nature de chaque pension, votre nationalité et vos autres revenus changent le résultat. Faites confirmer votre cas par l'administration fiscale française et par la Porezna uprava croate avant tout arbitrage.

Santé et assurance

Contrairement à une idée répandue, un retraité français en Croatie n'est pas « couvert par la carte européenne ». Celle-ci vaut pour les séjours temporaires. Une fois résident, c'est un autre mécanisme qui s'applique.

Le formulaire S1, la pièce maîtresse

Demandez-le à votre caisse de retraite avant le départ, puis déposez-le auprès du HZZO, la caisse croate d'assurance maladie de votre lieu de résidence. Vous êtes alors soigné en Croatie, aux conditions croates, mais la charge reste française. Aucune cotisation n'est prélevée par le régime local. Le document est individuel, pas familial : un pour chaque membre du foyer concerné.

Ce que la France continue de prélever

Quand la résidence fiscale part à l'étranger, une cotisation d'assurance maladie est retenue sur la pension française, au taux de 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire des anciens salariés. Si la résidence fiscale reste française, ce sont la CSG et la CRDS qui s'appliquent à la place. C'est l'un ou l'autre, jamais les deux.

Pourquoi une complémentaire reste utile

Le système public croate couvre correctement, mais les délais d'attente poussent une partie de la population vers le privé, bien développé et abordable comparé à l'Europe de l'Ouest. À la retraite, deux postes justifient une couverture complémentaire : le dentaire et l'optique, mal remboursés, et le rapatriement sanitaire, absent du dispositif public. Nous avons comparé les contrats disponibles pour la Croatie, dont ceux de Chapka et Mondial Care.

Comparer les assurances santé expatrié
Le front de mer de Zadar, en Dalmatie du Nord

Le coût de la vie à la retraite

L'avantage croate existe, mais il est concentré sur deux postes qui pèsent justement beaucoup dans un budget de retraité.

−64 %

Logement et énergie

Le poste logement, eau, électricité et gaz est à 44 en Croatie contre 122,5 en France sur la base européenne à 100, selon les indices de niveau de prix d'Eurostat pour 2024. C'est le plus large écart entre les deux pays.

−33 %

La santé

66,4 contre 98,9. Les consultations privées, le dentaire et l'optique, souvent les premiers postes de dépense après 65 ans, y coûtent nettement moins qu'en France.

−6 %

L'alimentation

L'écart est presque nul, et la Croatie se situe même au-dessus de la moyenne européenne sur ce poste. Ne comptez pas économiser sur les courses.

Le détail poste par poste

Où s'installer à la retraite

Un critère domine tous les autres, et il n'apparaît sur aucune brochure : la distance à un hôpital ouvert toute l'année.

L'Istrie

Le choix le plus fréquent des retraités européens. Hivers doux sans être tropicaux, offre médicale correcte à Pula et Rijeka, et une communauté italienne et autrichienne installée de longue date. Trieste est à une heure et demie, ce qui compte quand la famille reste en Europe de l'Ouest.

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Le Kvarner

Opatija a été construite au XIXe siècle comme station de villégiature austro-hongroise, et n'a jamais cessé de vivre de sa population résidente. C'est l'une des rares parties du littoral qui ne se vide pas hors saison, avec des hôpitaux à Rijeka à vingt minutes.

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La Dalmatie du Nord

Zadar et sa région offrent le climat méditerranéen sans les prix de Split ni la saturation de Dubrovnik. L'aéroport dessert plusieurs villes européennes en saison, ce qui reste à vérifier pour les mois d'hiver si vous comptez rentrer souvent.

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Les îles, avec prudence

Le rêve le plus courant et le pari le plus risqué à la retraite. L'offre médicale insulaire se limite souvent à un cabinet et à un transfert par bateau vers le continent. Les liaisons se raréfient de novembre à mars, parfois une rotation par jour.

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Beaucoup de retraités louent une année entière avant d'acheter, hiver compris. Le littoral croate hors saison n'a pas grand-chose à voir avec celui du mois d'août, et c'est la version qu'on habite huit mois sur douze. Acheter un bien en Croatie

Les formalités sur place

Elles se font en Croatie, après l'arrivée, et dans un ordre qui a son importance.

  1. 1

    L'OIB

    Le numéro d'identification fiscal croate se demande gratuitement auprès de n'importe quel bureau des impôts. Sans lui, ni compte bancaire, ni bail, ni abonnement. C'est la toute première démarche.

    Obtenir son OIB
  2. 2

    L'enregistrement de séjour

    Au-delà de 90 jours, déclaration de résidence auprès du MUP. Ce n'est pas un visa mais un enregistrement, qui suppose de justifier de ressources, ce qu'une notification de pension établit sans difficulté, et d'une couverture maladie.

    La procédure d'enregistrement
  3. 3

    Le dépôt du S1

    Auprès du HZZO de votre lieu de résidence, une fois l'adresse connue. C'est ce dépôt qui ouvre l'accès aux médecins conventionnés croates et fournit l'attestation de couverture réclamée à l'étape précédente.

Sources : convention fiscale franco-croate du 19 juin 2003 publiée au Journal officiel, documentation du CLEISS sur le départ à la retraite dans l'Union européenne, service « Ma retraite à l'étranger » de l'Assurance retraite pour le certificat de vie, indices de niveau de prix d'Eurostat pour 2024. Contenu informatif, sans valeur de conseil fiscal ou juridique personnalisé.

Questions fréquentes

Ce que les futurs retraités nous demandent le plus souvent.